Un chef de guerre ne côtoie pas la défaite

J’ai eu la chance d’échanger avec un jeune entrepreneur. Un jeune battant qui a la « rage ». Sa personnalité et son envie de réussir m’ont motivée à écrire cet article et j’espère qu’en lisant cette interview vous apprendrez davantage sur cette marque qui fait la différence.
« Un chef de guerre ne côtoie pas la défaite ». Bien au delà d’être une simple phrase, c’est l’état d’esprit de la famille Black Bourgeoisie. Marque de vêtement qui a vu le jour en 2014, ce petit bijou mélange un style street-chic aux couleurs envoutantes des tissus africains.

Grand amoureux de son continent, fière de ses origines, mais avant tout jeune business man comme il le revendique, Papy Sangaré s’est lancé dans une aventure qui fait de lui un jeune entrepreneur de renom.

J’ai eu la chance de m’entretenir avec lui pour comprendre son ascension fulgurante dans le monde de la mode en un temps record.


Bonjour Papy Sangaré, merci d’avoir accepté mon invitation aujourd’hui pour répondre à mes questions.

Jess : Peux-tu brièvement te présenter à nos lecteurs ?

Papy : « Je m’appelle Sangaré Cheick Omar Tidjane, je suis un étudiant burkinabé »

Jess : Quel âge as-tu ?

Papy : « Mon âge ? J’ai eu 24 ans cette année et j’ai commencé Black Bourgeoise quand j’avais 21 ans, il y a trois ans de cela ».

Jess : Que fais-tu comme études ?

Papy : « En ce qui concerne mes études, j’ai un Bachelor en commerce international, International Business. À partir de janvier, je débuterai un master en économie ».

Jess : Comment t’es venue l’envie de créer cette marque ?

Papy : « Pour la création de la marque, je me rappelle c’était en janvier 2014. La marque n’a pas été créée en janvier 2014, mais je me rappelle qu’en ce temps-là, je parlais avec l’un de mes amis et je lui faisais part de mon envie de créer ma marque de vêtements.

J’avais déjà le nom, le logo, mais je n’avais pas encore l’idée qui allait me différencier des autres marques. Je voulais trouver cette idée qui allait rendre le projet vraiment original. Donc j’ai forcé l’inspiration pendant environ trois mois, mais ça n’a rien donné.

Ensuite je suis rentré au Burkina Faso et je me rappelle que je suis allé au marché pour chercher un article qui n’avait rien à voir avec mon projet mais pendant que je marchais, je voyais des pagnes, je voyais des t-shirts, et je me disais, si je faisais un mélange des deux, qu’est-ce que ça donnerait ? Donc j’ai acheté un t-shirt et j’ai acheté un bout de pagne et je suis allé voir mon tailleur, je lui ai dessiné un croquis rapidement et je lui ai dit : « écoute, tu me fais ça, et demain je passerai voir ce que ça donne ».

Il m’a donc fait un prototype, je suis venu et j’ai vraiment apprécié le produit. Je me suis dit, voilà, ça c’est mon idée ! Ça c’est vraiment mon idée !

Je suis donc parti sur la base de ce t-shirt, ce t-shirt que tout le monde connait d’ailleurs. C’est le wax Line t-shirt, avec le pagne qui passe au milieu. »

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Jess : Qui sont les membres de Black Bourgeoise ?

Papy : « J’ai un associé du nom de Michael Abou. Il était présent lors de la création de l’entreprise et nous travaillons toujours ensemble. J’ai aussi une équipe et des amis qui m’aident à développer la marque ».

Jess : Comment t’es venue l’idée du nom « Black Bourgeoise » ?

Papy : « Pourquoi le nom Black Bourgeoise ? Alors déjà il faut savoir que le nom Black Bourgeoise c’est aussi le titre du livre de Franklin Frazier qui a fait une analyse sociologique de la classe moyenne émergente des Noirs américains dans les années 1950.

Donc j’ai décidé de nommer le projet Black Bourgeoise afin de mettre en avant la culture africaine, de montrer à la scène internationale que l’Afrique a un savoir-faire dont on peut être fiers. Mais ce n’est en aucun cas une marque exclusivement réservée, comment dirais-je, aux Noirs.

Nous avons des clients qui nous viennent d’un peu partout. »

Jess : Comment as-tu trouvé le logo ?

Papy : « Pour le logo, j’avais quelques idées. Tout d’abord, je voulais que les deux B apparaissent. J’ai dessiné quelques croquis et je suis allé voir un de mes amis qui est graphiste et il m’a fait plusieurs propositions. J’ai opté pour le logo que nous avons a gardé de 2014 à fin 2015.

En 2016, nous avons conçu avec un logo similaire au logo précédent mais un peu plus simple et un peu plus raffiné. À l’image de la marque. »

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Jess : Qui sont vos principaux concurrents ?

Papy : « Au niveau national, je dirais 226 Kara. Bien sûr, il y a d’autres marques, mais ces marques en question se concentrent uniquement sur la mode féminine. Au niveau international, il y a B. Koss en Côte d’Ivoire, d’ailleurs ils sont aussi à Ouaga actuellement, ils ont ouvert une boutique à Ouaga, donc on peut également les considérer comme une concurrence nationale.

Il y a aussi Nanawax, mais j’évite de considérer ce genre de marque comme une concurrence parce que ces gens-là sont vraiment au-dessus, c’est une étape supérieure, mais c’est quand même de très grands concurrents ».

Jess : Quelle est la principale stratégie marketing pour obtenir une renommée dans ce domaine d’activité ?

Papy : « Pour les stratégies marketing, j’en ai déjà parlé brièvement et je n’en dirais pas plus.

Nous avons développé de nouvelles stratégies que nous allons mettre en place pour les collections à venir. Je préfère donc ne pas en parler et garder ces informations confidentielles pour le moment ».

Jess : Quelles sont les difficultés auxquelles tu as fait face lors de la création de ta marque ?

Papy : « J’ai dû faire face a tellement de difficultés. Dans les débuts, je me rappelle très bien, après avoir eu l’idée, le prototype aussi avait été fait, tout était bon.

Il me manquait le financement, chose que je n’avais pas et que je ne comptais pas demander à mes parents non plus parce que je voulais me prouver quelque chose à moi-même.

I wanted to achieve something by myself, so j’ai alors commencé à réfléchir, je me suis demandé ce que j’allais faire. J’ai eu l’idée en janvier, là on est en juin et je n’ai pas envie d’attendre une année pour lancer mon projet, alors que je n’ai pas encore le financement.

Donc j’ai décidé de produire 20 t-shirts. Pas plus.

Je suis retourné avec ces 20 t-shirts en France.

Avant de commencer le processus de vente, , je me suis d’abord enregistré entant qu’entrepreneur et je suis allé sur le site de l’OMPI[1] pour protéger ma marque.

Après cela, il fallait vendre. Le problème. J’avais 20 t-shirts, ce n’était pas beaucoup, mais encore fallait-il les vendre parce que personne ne connaissait ma marque et en 2014, il y avait tellement de marques qui voyaient le jour et pas seulement des marques Burkinabé, il fallait donc que je fasse la différence.

J’ai créé un page Instagram, une page Facebook et comme tout le monde, j’ai lancé la marque, en postant des photos.

Les gens aimaient le design. Je n’avais pas vraiment de commandes mais j’avais des compliments « ah le t-shirt il est joli ! » mais personnes n’achetait rien.

Un mois, zéro vente, deux mois, zéro vente, trois mois j’ai effectué une vente et c’était à un ami.

J’ai commencé à réfléchir. J’ai passé des coups de fil, j’ai appelé un de mes amis et je lui ai dit bon, écoute, “je viens de lancer ma marque et au jour d’aujourd’hui, le seul moyen pour moi de réaliser des ventes, c’est de pouvoir toucher une star parce que notre génération s’identifie énormément aux stars, donc si j’arrive à trouver une star, un gars populaire, je vais vendre.” Le gars m’a dit, je vais voir ce que je peux faire, mais je ne te promets rien du tout.

Je me rappelle c’était deux semaines après cet appel, je dormais et mon téléphone a commencé à vibrer, mon téléphone sonnait : messages, notifications d’Instagram, appels et je ne comprenais pas !

Je me connecte, et je vois La fouine avec le t-shirt de Black Bourgeoise. J’ai dit quoiiii?

Donc du coup après que La fouine ai posté cette photo, il y a eu un engouement de dingue autour de la marque et en une semaine, on a vendu les dix-neuf t-shirts restant, donc on avait assez d’argent pour lancer une autres commande et ainsi de suite, ont vendaient, ont vendaient.

Et nous avions une politique, chaque mois, nous mettions en avant un artiste ou un joueur.

Ont avaient pas mal de contact à ce moment-là, donc on mettait en avant un artiste ou un joueur.

Ont a travaillés avec pas mal de joueurs, dont deux joueurs burkinabés et un ancien joueur du Real Madrid par exemple et quelques joueurs camerounais.

Donc c’était vraiment notre stratégie, le fait de toucher des stars, parce que notre génération s’identifie beaucoup aux stars, à leurs idoles, pour ceux qui aiment le foot, ceux qui aiment la musique … c’est ce qui nous permettait de réaliser des ventes.

En décembre 2014 ont avaient assez d’argent pour se concentrer sur la deuxième collection

En lançant la deuxième collection, j’ai fait face à un autre problème : j’avais un stage de fin d’études à faire en Côte d’Ivoire. Ce stage la devait durer 6 mois, et je devais le commencer en mars 2015, la deuxième collection devait donc être mise en attente. L’année 2015 a été une année blanche pour Black Bourgeoise.

Les gens qui nous suivaient, c’est-à-dire les artistes, les footballeurs, et les gens qui avaient commandé leurs t-shirts ont vu le projet, comment dirais-je, comme un projet éphémère.

Ils se sont dit que ce n’était pas un projet sérieux car la marque est apparue en 2014 et a disparu au bout de six mois.

Je recevais des messages disant : « Mais quand viendra la nouvelle collection ? ça fait plus de six mois qu’on attend ! ». Je leur expliquais que j’étais un étudiant avant d’être un designer.

D’ailleurs, je ne me considère même pas comme un designer, je suis un business man.

Donc, patientez juste.

En 2016, nous allons revenir en force et tout vas bien se passer, mais bon nous avons perdu en crédibilité, ça c’est sûre, mais en 2016 nous sommes revenus avec notre deuxième collection et ça s’est bien passé. Nous avions perdu les contacts qu’on avait avec les artistes et les footballeurs, mais nous nous sommes débrouillés et ça s’est pas mal passé ! ».

Jess : Entant que jeune étudiant, comment concilies-tu ta vie professionnelle et ta vie personnelle ?

Papy : « Ma vie professionnelle prend le dessus sur ma vie personnelle d’autant plus que Black Bourgeoisie n’est pas le seul projet sur lequel je travaille. Je pars du principe que je n’ai pas vraiment besoin de faire la part des choses car étant jeune et n’ayant pas de réelle attache, je peux facilement me focaliser sur mon avancée professionnelle. J’aurais le temps de m’amuser un peu quand j’aurais atteint certains de mes objectives. »

Jess : Combien de temps consacres-tu à cette entreprise ?

Papy : « Je ne consacre pas énormément de temps à Black Bourgeoisie car j’ai la chance d’avoir des gens autour de moi qui m’apporte leur aide au quotidien. Cela me donne plus de temps pour mes études et mes autres projets professionnels. »

Jess : La question qui fâche. Peux-tu me donner une idée de votre chiffre d’affaires ?

Papy : « Notre chiffre d’affaires annuel tourne autour de deux millions cinq, trois millions (fcfa) ».

Jess : Comment comptes-tu participer au développement de notre continent ?

Papy : « Il serait prétentieux de dire que je peux réellement impacter le développement du continent à travers ce projet de marque mais je ferais de mon mieux au niveau nationale à travers la création d’emplois et la mise en place d’un état d’esprit “hard-working”. Les autres projets en cours me permettront de participer réellement au développement du Burkina et du continent »

Jess : Quelles sont tes motivations pour continuer ?

Papy : « Je pars du principe que lorsque tu lances un projet, il faut aller jusqu’au bout. Comme on dit, quand tu fais quelque chose, fait le bien ou ne le fais pas. Donc ça c’est l’un de mes principes. Maintenant, je me lève tous les matins et je travaille sur Black Bourgeoise, je me dis à nos débuts nous vendions 20 t-shirts, et aujourd’hui nous ne sommes pas Louis Vuitton, ça c’est vrai mais nous proposons pas mal d’articles, nous avons des t-shirts, des polos, des chemises, des pochettes, ça veut dire que nous avons évolué et il faut continuer à évoluer, il faut que nous allions le plus loin possible. Et c’est pour ça qu’on se lève tous les matins et qu’on travaille avec mes amis. C’est une motivation, c’est notre motivation. »

Jess : La prochaine collection c’est pour bientôt ? Quelle surprise nous réserve la marque ?

Papy : « En ce qui concerne la prochaine collection, il y aura pas mal de surprises. Je considère cette collection, comme une mini collection. La vraie surprise sera pour 2018. Et comme on dit à Babi[2] : « 2018 là, ayé c’est pour nous ». Donc voilà, mais il y aura pas mal de surprise. Je n’en dirais pas plus, vous verrez, mais ce sera pas mal. De nouveaux design, ouais, vraiment pas mal ».

Jess : Où vois-tu Black Bourgeoisie dans 5 ans ?

Papy: « Black Bourgeoise dans 5 ans ? Déjà l’année prochaine on va passer un cap, on vous prépare une surprise qui nous fera passer ce cap. Dans 5 ans, je nous vois au niveau de Nanawax aujourd’hui, en partant du principe bien sûre que Nanawax aura évolué d’ici là,  je vois Black Bourgeoise à leur niveau dans 5 ans minimum. Et je pars du principe que 5 ans même c’est un peu trop, mais d’ici 5 ans, on aura atteint ce niveau. »

Jess : Un mot pour encourager les personnes qui souhaitent se lancer dans un projet similaire ?

Papy : « L’encouragement que je pourrais donner aux personnes qui souhaitent se lancer c’est : just do it. C’est vrai que c’est un projet qui demande une certaine préparation en amont, mais il ne faut pas trop penser. Pour ce genre de projet, il faut vraiment se lancer, sans penser aux difficultés. C’est sûr qu’au début, ce sera difficile, on va échouer, on va se ramasser mais il faut se lever et continuer. C’est très, très important ».

« Black Bourgeoise c’était pour moi un moyen d’entreprendre, en faisant quelque chose que j’aime. » – Papy Sangaré

« Quand tu crées une marque il faut être constant. La constance en fait c’est ce qui te permet de gagner en crédibilité. Si tu n’as pas ça, ça devient très compliqué, même si tes articles sont super beaux, ça ne changera rien. » – Papy Sangaré

Site internet officiel https://www.bbourgeoisie.com

Instagram: @black_bourgeoisie

Facebook: https://www.facebook.com/blackbourgeoisie/

MISS BKO-

[1] Organisation Mondiale de la propriété Intellectuelle

[2] Babi : Expression utilisée en Côte d’Ivoire pour dire « comme on dit chez nous »

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